Quel avenir pour la cyberlittérature?

 

Ses limites et ses contradictions

Depuis l'apparition de la cyberlittérature se sont développées de nouvelles structures commerciales telles que les maisons de cyberédition. Elles vendent des œuvres qui font désormais partie du domaine public ainsi que celles de jeunes auteurs. Le livre virtuel est une manne providentielle pour les maisons de cyberédition puisqu'il ne coûte pas grand-chose. D'autre part, bien que l'avantage premier de la littérature en ligne soit qu'il n'y a plus besoin d'acheter de livres, nombreux sont ceux qui se connectent le temps de télécharger ce qui les intéresse pour ensuite imprimer le texte qu'ils veulent lire et le faire au calme et confortablement installé. Le support papier n'est donc pas encore obsolète et l'interactivité pas encore généralisée. De plus beaucoup d'auteurs qui sont cyberpubliés n'ont en fait qu'un seul rêve, l'être un jour sur papier, de façon traditionnelle… D'ailleurs, certaines maisons de cyberédition proposent d'imprimer des livres au fur et à mesure qu'ils sont vendus pour limiter les coûts de production. Ensuite, l'internaute oublie souvent qu'il paie la communication Internet tant qu'il est connecté, donc rien n'est réellement gratuit dans le monde virtuel. Sans compter qu'il faut les outils pour se permettre de se "vendre" sur le net. Il faut l'accès à un ordinateur pour taper ses œuvres, et cela demande du temps. Puis, il faut avoir un modem pour se mettre en ligne, créer son site en ligne et y placer son oeuvre. Malgré la multiplication des cybercafés, le coût d'utilisation fréquente reste un obstacle pour beaucoup, en particulier ceux qui ne sont pas habituer au clavier ou à Word.

L'émergence d'œuvres par "M. tout le monde"

La cyberlittérature est le meilleur moyen pour un auteur de se faire lire. De nombreux serveurs proposent gratuitement des espaces aux internautes pour leur permettre de monter les sites de leur choix. Ainsi les auteurs sont quasiment certains d'être lus au moins par un petit nombre de lecteurs. En passant par l'édition traditionnelle, leur œuvre aurait certainement fini au fond d'un tiroir sans avoir jamais été ni publiée, ni lue. Comme chaque auteur potentiel est libre de mettre sur le web ce qui lui plait, on trouve de tout : de véritables petits chef d'œuvres, de tout et de n'importe quoi. Chacun peut ainsi partager son besoin de s'exprimer et de partager ses passions et ses créations personnelles. Le web est devenu pour le particulier le summum de la libre expression et des rencontres impossibles autrement. De plus, dans la cyberédition, les question purement matérielles, d'ordre monétaire, ont quasiment disparu. L'hébergement, l'aide pour créer le site et les liens dans de nombreux moteurs de recherche sont gratuits ; reste seulement la connexion. La part du rêve et de l'improbable est revenue. Tout le monde peut se faire un nom sur le toile…

Les nouveaux supports : le livre électronique

Le livre électronique sera-t-il le complément ou le substitut du livre de papier et, dans l'une ou l'autre éventualité, quel sera son rôle exact? Il est restrictif de parler de livre, là où tous les supports de l'écrit, du son et de l'image sont convoqués. Lire un livre, c'est comme être dans une voiture. "Pour un livre papier, c'est vous qui conduisez et Flaubert qui est assis à côté de vous. Pour un livre électronique, c'est Flaubert qui est au volant et vous qui regardez le paysage", disait Michel Serres. Le livre électronique est un objet virtuel qui a la même fonction qu'un livre, mais qui n'en est pas un physiquement. Apparemment, bien que le livre électronique lui-même soit encore très cher, ce qui en constituera le contenu ne le sera pas. Il y a la présence d'images, de dessins animés, de sons, de graphiques et d'index multiples. La différence principale entre le livre traditionnel et le livre électronique réside donc en trois grands principes : interactivité, multimodalité, hypertextualité, en dehors du fait que le support définitif du livre électronique n'est pas encore fixé. Tout le monde sait ce qu'est l'interactivité, le fait de pouvoir passer d'un sujet à un autre. La multimodalité est la pluralité des modalités de présentation de l'information, textuelle, visuelle fixe, visuelle animée, auditive,qui peuvent coexister simultanément dans la même œuvre. Reste que le livre électronique laisse en suspend certaines oppositions : le visuel (photo, film, schéma...) opposé au verbal (texte, parole...) : ce serait l'opposition classique, image contre langage. Le visuel opposé au sonore : par l'irruption de l'image et de la vidéo dans le monde du texte imprimé. L'image opposée à l'informationnel : un texte et un schéma contre une interprétation. L'image visuelle ou sonore opposée au scriptural : tout ce qui avait un support dans la réalité, le scriptura,l fait maintenant partie de l'image visuelle. L'hypertexte généralise cette procédure : il permet, à partir d'un mot, d'accéder aux autres occurrences de ce mot dans le texte par l'intermédiaire d'un pointeur : mais aussi d'un mot vers sa définition, d'un mot vers son équivalent dans une autre langue, d'un mot vers ses synonymes, d'un mot vers sa transcription phonétique, les possibilités sont infinies. Au-delà, il se pourrait même que certains modes de lecture ne se fassent qu'au travers de ces liens : ce serait, par exemple, le cas pour une documentation technique qui n'est consultée que lorsqu'une panne se présente pour accéder, au plus vite, à l'information requise, sans qu'aucune lecture linéaire ne s'en fasse jamais. Cependant, les questions demeurent : quels liens hypertextuels sont pertinents pour telle ou telle application ? Comment faire pour que l'usage de ces liens ne distraie pas le lecteur de sa lecture en le condamnant à être un éternel papillon esclave de sa curiosité et de sa velléité ?

 

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